En Avoir Ou Pas

…des amis, un amoureux, un boulot, de l’argent, des nouvelles fringues, une maison, des idées, des opinions, un blog…

Amour, gloire et boulot. mars 13, 2008

Un étude réalisée par l’institut Gallup et publiée en 2006 conclut que les gens sont plus engagés dans leur travail et plus productifs quand ils ont non seulement des amis au travail, mais surtout un(e) amie(e) spécial qu’ils appellent « le conjoint de travail ».

Non, le conjoint de travail n’est pas un mignon comptable avec qui vous couchez, rien à voir. Le conjoint de travail est une personne qui peut être de votre sexe ou pas, avec qui vous avez une relation spéciale mais totalement platonique. En gros votre point commun c’est le travail et ce qui s’y passe, en dehors de ça vous n’avez pas forcément beaucoup de contacts.

Intéressant, je me suis dit. Et il ne m’a pas fallu plus de 5 minutes pour conclure que j’ai bien un conjoint de travail. J’en ai toujours eu, ça a même souvent été des filles d’ailleurs, mais là c’est un gars et heureusement qu’il est là.
On ne se voit jamais en dehors du boulot, si on s’appelle ou s’e-maile hors des heures de travail, c’est toujours pour une raison professionnelle. On n’a pas de loisirs commun, je ne connais pas sa famille (il est marié et père) mais s’il y a de temps en temps un truc perso qui influence notre carrière et dont on a besoin de parler, on se précipite l’un chez l’autre. On peut disserter pendant des heures sur des événements de bureau, faire des private-jokes sur nos collègues, et parfois ça nous conduit à lancer ensemble de nouveaux projets (alors qu’on ne bosse pas dans le même département, mais on est au même niveau hiérarchique).

Apparemment ces relations ont du mal à survivre quand l’un obtient une promotion qui l’écarte, ou carrément change de job ou de société. Elles ne sont basées que sur les choses qu’on partage dans le travail, sans ce partage elles perdent leur raison d’être.

Moi ça me fait bizarre de penser au jour où mon conjoint de travail ne sera plus dans ma vie (mais bon, ce genre de chose m’est arrivé dans le passe, on pleure un bon coup et puis on avance). En ce moment je ne peux même pas l’imaginer. Parce qu’il peut toujours compter sur moi et surtout je peux toujours compter sur lui. Comme hier encore, mon boss est tombé malade au pire moment de l’année, j’étais dans la mouise totale avec un projet d’importance cruciale, et ben mon conjoint de travail a réorganisé sa soirée pour pouvoir m’aider à tout boucler, en s’arrangeant pour que quelqu’un aille chercher ses gamins à sa place et tout et tout. Je l’aurais bien embrassé tellement j’étais soulagée.
Y a pas à dire, mon conjoint de travail, j’le kiffe grave. Enfin, pendant les heures de bureau, quoi.

Publicités
 

je n’ai jamais réussi à définir le féminisme, tout ce que je sais, c’est qu’on me traite de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson. mars 6, 2008

Filed under: Tout le reste — Marie D. @ 8:00
Tags: , , ,
* Rebecca West, 1913.

Dans mon travail que j’ai pour payer les factures, j’ai depuis deux mois un nouveau collègue, un responsable clientèle. Bien que je me sois très bien entendue avec son prédécesseur et que j’ai regretté son départ, je n’avais pas d’aprioris, j’attendais de voir à qui j’avais affaire.

Sur le plan professionnel c’est un peu tôt pour juger, et puis de toutes façons ça n’est pas à moi d’évaluer le monsieur. Mais sur le plan personnel, je peux vous dire que c’est un joyeux drille! Il n’était pas là de quelques jours qu’on avait déjà tous pu constater à quel point son sens de l’humour est développé, il ne manque jamais une occasion de faire une bonne blague.
Et pour les bonnes blagues, il a un sujet de prédilection: les femmes.

Ah, les femmes: un sujet de plaisanterie tellement vaste qu’on n’en fera jamais le tour. Elles sont bêtes, elles sont envieuses les unes des autres, elles ne pensent qu’à l’argent! Y a tellement de choses drôles à en dire!

Donc de puis 2 mois, je me prends une vanne machiste bien sentie dans les dents au moins une fois par jour. Le premier jour j’ai rigolé, parce que quand on bosse avec des hommes il ne faut pas être chochotte. Le second jour, j’ai souri. Le troisième jour, j’ai trouvé que ça commençait à faire drôlement déjà-vu. Et depuis lors, je suis complètement révoltée et je commence à avoir du mal à me contenir.
Surtout que ça a donné des idées à mes autres collègues masculins, qui se sont mis à en rajouter alors que ça n’était pas leur trip avant. Comme ça j’ai 3 types sur le dos en même temps, c’est hilarant. Et plus je m’énerve, plus ça les fait rire.

Ce qui est terrible, c’est que ce gars balance ses vannes de manière totalement réflexe dans des conversations tout à fait sérieuses. Un collègue me parle d’un article sur le « caddie intelligent » (celui qui fait le compte de son contenu tout seul) et hop, il nous balance « et la femme intelligente, c’est pour quand? ». Ha ha ha!
Je demande sa carte de crédit à mon boss pour payer une réservation en ligne, et monsieur clown relève le nez derrière son PC pour dire « ah les femmes, elles en ont toujours après notre argent! ».
Et moi j’ai juste envie de dire  « PU*AIN MAIS TA G**LE ON T’A PAS SONNE!!! » mais je me retiens parce que je suis une fille bien élevée.

Vendredi dernier je me suis un peu énervée, parce que la presse avait décidé de faire du 29 février la « journée de l’homme » et qu’en arrivant au bureau, j’entends le monsieur annoncer tout content aux secrétaires que c’est donc la journée de l’homme aujourd’hui et qu’il faut être sympa, ce à quoi j’ai répondu quelques décibels au-dessus de ce  que j’aurais souhaité que ‘c’est déjà la journée de l’homme 364 jours par an, qu’est-ce que vous voulez encore de plus’. (Le 365ème c’est la journée de la femme, le 8 mars)
Ce à qui il m’a répondu « oh toi la féministe, ça va… »

Voilà, le gros mot est lâché: féministe. Je suppose que je suis féministe parce que j’estime que je suis pas payée pour entendre ces conneries tous les jours au travail, et que je ne me laisse pas faire?
Au déjeûner j’ai essayé d’aborder le sujet sur un ton sérieux. Notamment en disant qu’aujourd’hui encore les femmes gagnent en moyenne 25% de moins que les hommes, et que donc c’est bien la journée de l’homme toute l’année.  Evidemment il n’a pas fallu 25 secondes pour que mes joyeux lurons de collègues repartent dans leurs blagues débiles. Mais il y en a quand-même un qui a poursuivi sérieusement la discussion avec moi, pour me dire que sincèrement, en 20 ans, jamais dans aucune boîte où il n’avait travaillé il n’avait été témoin de discrimination.
Je crois sincèrement qu’il ne les a pas vues, sans doutes parce qu’il n’en était pas l’objet, mais moi-même j’ai dû un jour entendre mon patron me dire que même si j’avais mérité une promotion, on ne me la donnerait pas parce que ça allait inciter les autres femmes à en demander (!).

Est-ce que ces gens ne lisent pas les journaux? Est-ce qu’ils ne savent pas qu’aujourd’hui encore, ici en Belgique, des jeunes filles autochtones sont assassinées par leur famille parce qu’elles refusent un mariage arrangé? Que dans plein d’endroits dans le monde l’instruction scolaire fait défaut aux filles?
Est-ce qu’on peut vraiment affirmer, en étant intellectuellement honnête, que la femme est l’égale de l’homme, qu’ elle a les mêmes droits, les mêmes choix, et qu’elle tire les mêmes avantages de ses compétences?
Parce que si c’est le cas, alors la journée du 8 mars n’a plus de sens, on pourrait l’annuler tout de suite.

Et est-ce que je dois accepter, au jour d’aujourd’hui, d’entendre tous les jours au bureau des choses dégradantes sur les femmes sous prétexte que c’est de l’humour?
Le jour où le féminisme aura disparu, c’est qu’on aura fait de gros progrès. Malheureusement, je crois que ce n’est pas demain la veille.

 

Mort de fatigue versus mort d’ennui février 7, 2008

Or donc les amis, je suppose que vous savez à peu près tous ce qu’est le burnout. Si vous ne savez pas, je vous l’explique en bref: il s’agit d’une situation d’épuisement professionnel. Les gens qui en souffrent sont irritables, manquent de créativité, mais continuent à en faire toujours plus et sont incapables de s’arrêter, malgré le fait que leur travail les ronge et les vide, et qu’ils aspirent à s’en échapper. Pas très drôle, quoi.

Bon, figurez-vous qu’il existe un phénomène qui se trouve à l’inverse, mais qui est tout aussi difficile à vivre: le boreout. Le boreout, c’est l’ennui à outrance, dont on peut souffrir quand on est en manque de challenge ou qu’on est sous-utilisé. Et s’ennuyer ferme dans un endroit où on est obligé de faire acte de présence 8 heures par jour, ben c’est dur.

Ah oui, je sais que tout le monde a l’air tout le temps débordé, et que les gens préfèreront vous dire qu’ils ont teeeeeellement de travail qu’ils ne savent pas où donner de la tête. N’empêche que d’après une étude scientifique très sérieuse (menée sur 10.000 personnes), 15% des travailleurs seraient sur la voie du boreout. Statistiquement, d’ailleurs, dans un team de 6 personnes, il y en a 2 qui prennent énorménent sur eux et 2 qui sont sous-employés et qui s’emmerdent. Et ça n’est pas étonnant que les gens n’en parlent pas, parce qu’aujourd’hui il est plus facile d’avouer à son patron qu’on est alcoolique que mal utilisé par l’entreprise.

Quand ces personnes se rendent compte que, si elles demandent plus, elles récoltent juste quelques trucs ennuyeux à faire, elles finissent par arrêter de demander et par faire traîner en longeur les choses dont elles se chargent pour avoir l’air occupées. En plus, de nos jours, c’est d’autant plus facile d’avoir l’air absorbé que le web nous fournit de nombreuses occupations.

Comment savoir si on souffre de boreout? Et bien, il faut répondre aux 10 questions ci-dessous, et si vous dites 4x oui, vous êtes sur la mauvaise pente.

  1. Vous occupez-vous de tâches privées au travail? (payer des factures, faire la liste des courses…)
  2. Vous ennuyez-vous ou êtes-vous en manque de challenge?
  3. Faites-vous parfois semblant d’être occupé?
  4. Etes-vous fatigué et irritable après le travail, même si vous n’êtes pas stressé au bureau?
  5. Etes-vous malheureux de votre travail?
  6. Trouvez-vous votre travail insignifiant?
  7. Pourriez-vous faire votre travail plus vite que ce que vous ne faites?
  8. Avez-vous peur de changer de job à cause d’une éventuelle diminution de salaire?
  9. Envoyez-vous des mails privés à des collègues durant le travail?
  10. Etes-vous peu ou pas intéressé par votre travail?

Bon, le souci c’est que je score 6 sur 10.
Ben oui, c’est pas politiquement correct, mais moi, au travail, je m’emmerde beaucoup et je suis bien contente d’apprendre que je suis pas la seule.

Je sais bien que c’est en partie ma faute: si je faisais du push pour avoir plus de responsabilités, il y aurait moyen. Sauf que ça j’en veux pas, parce que je sais pour l’avoir vécu que si je laisse la balance boulot/privé basculer à nouveau côté boulot, ça ne va pas aller. Et puis parce que je tiens beaucoup au temps que j’ai désormais pour moi en dehors, et que je passe entre autre ici, mais aussi à écrire, ou à voir mes amis – ce que je trouve très important.
Mon souci, c’est aussi que je travaille très très vite, mais alors très vite, tous mes patrons l’ont constaté. Parfois ils ont du mal à me suivre parce que je suis en attente de leur feed-back pour pouvoir avancer et ils n’ont pas le temps de s’en occuper (apparemment eux sont plutôt côté burnout). Je suis aussi hyper-organisée, et, comme tous les gens un peu paresseux, j’ai des outils informatiques bien rodés pour faire très vite des choses qui me prendraient des heures autrement. Et hop, encore du temps de gagné.
Bref quand je rentre de 15 jours de congé, je suis remise à jour au bout de la première journée de travail!

Donc oui, je m’ennuie au bureau, alors je culpabilise. Et en même temps je suis très frustrée de ne pas pouvoir utiliser ce temps à des choses plus intéressantes.
Voilà, j’ai fait mon terrible coming-out. Mais au moins, c’est pas ma faute: apparemment c’est une maladie