*sketch de François Pirette, humoriste belge
Or donc les amis, ce n’est un secret pour personne que j’occupe mes journées dans le monde merveilleux de l’agro-alimentaire.
Ce qui fait que j’ai accès à des tas d’informations sur l’alimentation, la diététique, et un tas d’autres choses que je suis plus ou moins chargée de transformer en bonnes raisons pour le consommateur moyen (vous) d’acheter nos produits. Je suis aussi abonnée à un milliard de newsletters en ligne qui m’expliquent quels nouveaux ingrédients sont disponibles. (Je suis ravie de vous apprendre que Smarties va pouvoir refaire des bonbons bleus, alors qu’ils avaient dû arrêter il y a deux ans pour cause de dangerosité du colorant, on vient de découvrir un substitut inoffensif). Donc à priori, on pourrait dire que je suis bien informée en matière d’alimentation.
Et ben non. Et si vous avez récemment tenté de vous informer sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire dans ce rayon, vous savez déjà pourquoi: dans ce domaine, on entend tout et son contraire et on ne sait pas à quel saint se vouer.
Je vous assure que je suis effarée de lire des choses complètement contradictoires d’une semaine à l’autre. On nous dit que le soja est une bonne source de protéines, et qu’il diminue les risques de cancer du côlon. La semaine d’après on nous dit qu’ils pourrait favoriser le cancer de l’utérus (à vous de choisir de quoi vous préférez mourir). Il y a quelques mois on annonçait que les oeufs bios sont plus pollués que les oeufs de batterie parce que les poules en liberté picorent n’importe où. Aujourd’hui j’ai lu que les oeufs de batterie propagent nettement plus de salmonelle que les oeufs bios. Et ainsi de suite. Alors, je ne peux pas m’empêcher de me demander: qu’est-ce qu’il faut qu’on mange, à la fin?
Evidemment, l’industrie alimentaire s’est érigée en grande prêtresse de la diététique (je peux en parler à l’aise, j’ai ma conscience pour moi puisque je bosse sur des gammes qui n’ont pas d’autres prétentions que d’être pas du tout allégées/trafiquées et juste très bonne au goût, tant pis pour le cholestérol). Elle nous dit qu’il faut des probiotiques pour ne pas tomber malade, mais si on mange correctement, on en a déjà bien assez dans son alimentation. Elle dit qu’il faut des oméga 6 pour avoir une belle peau, et des omega 3 pour être en bonne santé (elle oublie de dire qu’il y a des proportions à respecter entre les deux sinon c’est la pagaille dans le cerveau.) Elle enlève le sucre de tout parce que ça nous fait grossir. Sauf qu’elle met des édulcorants chimiques à la place et qu’elle s’abstient d’étudier l’impact de ceux-ci.
Nous sommes tous à la fois sur-informés – bombardés d’infos et de commandements sur ce qu’il faut faire ou pas – et en même temps pas assez informés pour juger nous-mêmes puisque nous ne sommes pas des médecins nutritionnistes. Et puis d’ailleurs, les médecins non plus ne sont pas d’accord entre eux. Certains vous diront qu’il faut cesser de consommer du lait passé l’âge de la maternelle parce que ça donne le cancer (en bref) et d’autres vous diront que sans produits laitiers qui sont par ailleurs inoffensifs, vos os vont vous lâcher avant l’âge de la retraite.
Et si on y réfléchit vraiment, en essayant de savoir ce qu’il faut faire ou pas, on se rend vite compte que prendre une décision est impossible, et qu’il vaudrait peut-être mieux ne plus manger du tout. On mourra, certes, mais au moins on saura de quoi.
J’en étais là de mes réflexions il y a quelques temps quand je suis tombée sur un livre, The Omnivore’s Dilemma, de Michael Pollan. Ce monsieur n’est pas médecin, il est professeur de journalisme. Il s’est penché sur la question du “que manger” avant tout pour des raisons éthiques. En effet, à l’heure actuelle, le nombre de végétariens ne cessent d’augmenter (en Grande-Bretagne, 6% de la population) parce que les gens s’inquiètent de l’impact environnemental de l’élevage de masse mais aussi des problèmes éthiques que pose l’élevage d’animaux pour leur viande.
Ce faisant, il a été confronté à beaucoup de questions plus en rapport avec ce dont je vous ai parlé, à savoir: on ne sait plus qui écouter, dites-nous ce qu’il faut manger ou pas! Au point qu’il s’apprête à sortir un second livre sur le sujet.
Et ses conclusions sont intéressantes. Il les résume ainsi: “Mangez de la nourriture. Pas trop. Surtout des végétaux”. Ca a l’air évident, mais au fond ça ne l’est pas tant que ça.
- Mangez de la nourriture. Par là il entend: de vrais aliments, non transformés, non préparés. Parce que les supermarchés regorgent de trucs qu’on peut manger mais qui ne sont plus de la vraie nourriture. Et surtout, évitez tous les produits qui prétendent être bons pour votre santé: un argument santé sur un produit révèle en général que ce produit n’est pas de la nourriture.
S’il est une information qui est sûre à l’heure actuelle, c’est que nos habitudes alimentaires ruinent notre santé alors que ça n’était pas le cas il y a un siècle, quand les gens mangeaient ce que la nature pouvait leur fournir en fonction de la saison. Donc, back to basics. Et les basiques, vous les trouverez plutôt dans les marchés et chez les artisans locaux que dans les hypermarchés, ça aussi c’est un point important.
- Pas trop. Les portions ne cessent d’augmenter. Un petit suisse aujourd’hui est deux fois plus gros qu’il y a 20 ans, alors que nous n’avons bien sûr pas besoin d’en manger deux fois plus.
Avec la viande, notamment, c’est un problème. Vous pouvez commander au restaurant des entrecôtes de 300g alors qu’en fait, on devrait en manger comme un accompagnement -moins de 100g- et pas tous les jours.
Et de manière générale, si on mange uniquement quand on a faim, et uniquement pour arriver à satiété, on se rend compte qu’on mange nettement moins. La petite pause de 10 heures, par exemple, est une abérration physiologique. Nous ingurgitons des tas de calories dont nous n’avons pas besoin.
- Surtout des végétaux. Un des rares arguments à la mode qui ne se démentira sans doute jamais, c’est le sacro-saint “5 fruits et légumes par jour”. Mais il y a aussi les céréales non raffinées (qui devraient représenter 50% de notre ration calorique), et les légumes secs pleins de bonnes choses qu’on a un peu tendance à regarder avec mépris.
Personnellement ça m’a fait un bien fou de lire ça. C’est tellement plein de bon sens, tellement évident qu’il est finalement bien nécessaire de le répéter pour qu’on y repense, dans la masse de désinformation à laquelle nous sommes confrontés. Et je dois dire que depuis que je m’efforce de suivre ces principes dans mon alimentation quotidienne, je me sens en meilleure forme! Plus besoin de yoghurt qui soigne ceci ou de céréales qui soignent cela. Donc je pense que c’est l’option la plus censée: mangez de la nourriture, pas trop, surtout des végétaux.
Et vous, qu’est-ce que vous en pensez, et surtout, qu’est-ce que vous mangez?