
J’y ai pensé longtemps, à ce post, mais je savais pas trop par où commencer. Cela dit il y a un moment où il faut s’y mettre et voir ce que ça donne.
Il y a quelques jours, lors d’un dîner entre copines, j’ai réalisé un truc qui était sans doute vrai depuis un moment mais que je n’avais pas encore été capable de voir jusque là: j’étais la fille la plus mince du groupe. J’ai encore même du mal à l’écrire tellement ça me semble improbable.
Chez moi les problèmes de poids, ça a commencé à l’âge zero. C’est culturel, chez les Italiens on ne refuse jamais de nourriture à un enfant, car un enfant qui mange bien est forcément en bonne santé. Or donc ma grand-mère italienne (que j’adore, paix à son âme, ceci n’est pas une critique) m’a mis des spaghetti dans le biberon dès que ça a été possible et comme j’ai adoré ça, a continué à me mettre en bouche tous les délices sortis de sa cuisine sans que je doive beaucoup insister. Ce qui fait qu’à un an, je tenais plus du sumo que de la bête à concours de beauté. J’étais pas pressée non plus d’apprendre à marcher, par contre pour parler il n’y avait déjà pas de problème
Une fois l’entrée à la petite école le problème était résorbé. Et jusqu’à l’adolescence j’étais une petite fille normale, très grande et tout à fait mince. Mais vers 12 ans ça c’est un peu gâté, d’autant que la race humaine à tendance à grandir et grossir en alternance au lieu de faire les choses harmonieusement au même moment – et dans mon cas tous les paliers étaient assez intenses, quand on parle d’âge ingrat ça prend tout son sens.
Vers 16 ans ça c’est un peu calmé, et j’ai eu la bonne idée de m’inscrire aux cours de danse ce qui m’a permis: 1/ d’acquérir un port de reine puisque j’étais assez douée et 2/ de copiner avec un tas de filles hyper populaires qui autrement ne m’auraient jamais regardées. Bref ça a été tout bénef pour enterrer mon côté vilain petit canard.
Sauf que, sauf que… on n’est jamais tranquille! Les études supérieures ont commencé, avec le rythme infernal des sandwiches pris sur le pouce, des fast-food avec les copains, et de la vitrine du pâtissier à côté de la gare en attendant le train le soir… En deuxième année j’avais pris une bonne douzaine de kilos, c’était pas la joie. En plus mon permis de conduire est là pour me le rappeler (je devrais tenter de le “perdre” celui-là). Heureusement durant la dernière année, entre les stages et le mémoire, tous ces kilos se sont rapidement envolés, ce qui fait que j’ai commencé ma carrière en portant du 38 pour la première fois de ma vie.
Seulement, la vie est dure parfois. On perd des gens qu’on aime (notamment la grand-mère en question), on se rend compte qu’être adulte c’est être confronté à la maladie et à la mort, et on se console comme on peut. Moi, ça a été la nourriture. Je me rappelle m’être dit, à certains moments particuièrement difficiles, que si en plus de tout ça je ne pouvais pas manger ce que je voulais, ça ne serait plus tenable. Alors j’ai mangé. Forcément j’ai grossi. Vingt-cinq kilos, j’ai pris. Entrecoupés de vaines tentatives de les perdre, qui se soldaient toujours par une reprise avec un petit extra. Un pas en avant, deux pas en arrière.
C’est là que j’ai réalisé que le poids, ça va vraiment avec la tête. J’avais beau me ruiner chez la nutritionniste et manger 1200 kcal par jour (je me sentais hyper mal pour bosser, c’était horrible) je ne perdais pas un gramme, mon corps et ma tête avaient décidé que ça n’était pas le moment.
Et puis j’ai changé de job. Et j’ai appris que dans 6 mois il y aurait la fête annuelle du personnel, où toutes les filles sont habillées comme des top model. Et je me suis dit que je ne pouvais pas affronter ça une fois de plus en étant grosse et habillée comme un sac. Mais j’ai été raisonnable, je me suis dit: si je perds 10 kg, je rentrerai à nouveau dans le XL chez Mexx et je pourrai m’acheter de chouettes fringues, ça serait déjà pas mal, et tant pis si ça prend 6 mois.
Alors j’ai commencé Weight Watchers. Et évidemment, les premières semaines: rien. Mais au lieu de tout balancer par frustration, j’ai continué sans me mettre la pression. Et là, miracle, ça a marché.
Quatre mois plus tard, les 10 kilos étaient partis. Alors je me suis dit: encore 5, ça pourrait être chouette, si ça marche tant mieux. Et hop, j’en ai perdu 7 de plus, toujours très zen. On était en août, j’avais commencé en janvier. J’étais assez contente de moi et je me suis dit, soyons réaliste, ça suffit, c’est déjà pas mal. Mais comme mes habitudes alimentaires avaient radicalement changé, mon corps a décidé de finir le travail, et fin octobre j’avais perdu les kilos restants et retrouvé le 38 perdu depuis des années.
Voyons le côté négatif des choses: ça m’a couté 3 reins de refaire toute ma garde-robe avec 4 tailles de moins
Depuis trois ans, plus rien ne bouge. Je garde un oeil sur la balance de temps en temps juste pour être sûre que je ne remets pas le doigt dans l’engrenage: 25 kilos, ça commence par 2 kilos qu’on a pas immédiatement essayé de reperdre.
Et pourtant je ne me trouve généralement pas mince. Enfin, je sais que je le suis, rationnellement parlant. Mais je repère à des kilomètres les filles qui font la moitié de moi. Pas difficile, avec mon 1m75, forcément que je ne suis pas bâtie comme une brindille, ça n’a rien à voir avec les kilos. Mais cette espèce d’impression de prendre trop de place est toujours là. Et le moindre commentaire sur le contenu de mon assiette ou sur les vêtements que je porte et l’aspect qu’ils me donnent me fait sursauter. Parfois je me dis “et si je refaisais un régime pour en perdre encore 5 petits”, mais je suis raisonnable et je réprime cette envie qui n’a pas de sens. Je ne serais pas plus heureuse en 36.
Alors me retrouver au milieu d’un groupe de filles que j’ai toujours trouvées super belles et équilibrées, et me dire -wow, je pourrais rentrer dans leurs fringues, y a même des chances qu’elles soient trop grandes – et bien c’est une nouvelle victoire. C’est un peu égoïste, mais ça fait du bien.