* Jack London
Ce week-end j’ai fait un peu de shopping. Oui: encore. Et pendant que je parcourais frénétiquement les boutiques, je me disais que quand-même, avec toutes les virées shopping que je raconte ici, les gens qui me lisent doivent me trouver bien dépensière. Ou s’imaginer que je suis milionnaire. (Comprenons-nous bien, vous pensez ce que vous voulez, je n’ai aucun problème avec ça).
L’argent et moi c’est une drôle d’histoire, et je me suis dit que ça valait la peine de m’imposer l’exercice d’écrire sur le sujet. Alors je vais vous raconter notre drôle d’histoire.
Quand j’étais gamine, je ne manquais de rien. On avait une maison, deux voitures, on partait en vacances. Mes parents travaillaient tous les deux, et l’argent n’avait pour moi jamais l’air d’être un problème. Je ne me rendais pas compte alors, que mon père avait eu faim durant les premières années de sa vie, avant d’émigrer d’Italie avec ses parents. Et je ne me rendais pas compte que ma grand-mère comptait chaque sou, comme tous les gens qui ont manqué de l’essentiel et qui continuent de vivre avec pas grand-chose pour pouvoir épargner “au cas où”.
Ma tante, la soeur de mon père, vivait avec ses parents. Elle travaillait (travaille toujours) pour la World Company, roulait dans une belle voiture, avait toujours de beaux vêtements, de magnifiques sacs et chaussures, du maquillage haute couture.
Enfin bref dans ma petite tête, la conclusion était déjà faite: quand je serai grande, je travaillerai, et j’aurai de l’argent pour m’acheter tout ce que je veux.
Ca va vous sembler complètement naïf, mais j’ai dû la garder dans un coin de ma tête jusqu’à l’âge adulte, cette idée! Elle n’est peut-être pas encore complètement partie d’ailleurs!
J’ai trouvé mon premier job à 21 ans, un mois après avoir eu mon diplôme. Quand j’ai commencé à travailler, je gagnais à peine 1.000 euros nets. J’avais besoin d’une voiture, à cause des déplacements; je n’en ai pas acheté une neuve, mais pas une pourrie non plus. Et rembourser la voiture, plus les assurances, taxes, le carburant… Presque la moitié de mon salaire y passait, mais ça ne me semblait pas déraisonnable, puisque je n’avais rien d’autre à payer. Je donnais bien un peu d’argent à mes parents, je trouvais ça normal, mais ça me laissait encore pas mal de deniers pour mes loisirs.
Pendant toute ma première année de boulot, les gens autour de moi, tous plus âgés, tous “de vrais adultes” m’ont insidieusement encouragée à devenir indépendante, à prendre mon appart, si possible à côté du travail (j’habitais à 50km) en me faisant miroiter que l’entreprise m’en serait reconnaissante. J’avais alors depuis toujours une autre idée naïve en tête: celle d’une société où l’on avance au mérite. Je croyais que si je travaillais dur et que je faisais ce que mes patrons attendaient de moi, je serais forcément récompensée, par de l’avancement et par de l’argent. Pauvre sotte!
Alors je suis partie de chez mes parents, j’ai pris un appart dans le centre de Bruxelles, pas loin du travail. A moi la grande vie et l’indépendance!
Sauf que ça a vite tourné au cauchemar.
Parce que les augmentations espérées (et plus ou moins promises) ne venaient toujours pas. En plus de la voiture il fallait désormais payer le loyer, le chauffage, les courses… Et puis toutes les choses auxquelles je n’avais jamais pensé parce que je les avais payées sans faire attention jusque là: le dentiste, le médecin… Ne parlons pas d’aller chez le coiffeur ou d’acheter des vêtements. Et mettre de l’argent de côté? Quelle blague, je ne pouvais pas me permettre de me passer d’un centime!
J’ai fait ce que font des tas de gens, ce que d’autres amies dans ma situation on fait en même temps et on bien regretté aussi: j’ai ouvert des cartes de crédit. Au début c’était un bol d’air. Je pouvais enfin aller au resto ou au théâtre quand on me le proposait, m’acheter quelques trucs qui me faisaient envie et qu’après tout, je méritais bien puisque je travaillais au moins douze heures par jour – merde! Et rapidement la réserve était vide, et il restait le crédit à rembourser.
Vers 2001 je crois, ça a été le summum. Je me rappelle avoir acheté, au début de l’hiver, avec le crédit qu’il me restait, deux pulls en laine chez Etam, et une paire de baskets noires. Tout l’hiver je n’ai porté que les baskets et pas grand chose d’autre que ces 2 pulls. J’ai fait les courses, parfois à crédit aussi, pour le strict minimum. Je me souviens même d’une fois où je suis entrée dans le supermarché avec 17€ en poche, en me disant que c’était tout ce qu’il restait pour manger jusqu’à la paye 8 jours plus tard, et où j’ai mentalement additionné tout ce que je mettais dans mon panier pour ne pas dépasser le montant fatidique. Parfois le seul morceau de viande que je m’octroyais sur la semaine était un Knacki, je vivais avec des tartines et des spaghetti. Ma CB a été refusée à la caisse un nombre incalculable de fois, à la fin je n’essayais même plus d’inventer des excuses à la caissière, qui de toute façon s’en foutait. Et une fois ou deux, j’ai même appelé mon père en pleurant pour lui demander de l’argent.
J’ai eu de petites augmentations ça et là, mais je les ai mal utilisées. J’étais tellement frustrée par tout ce dont j’avais envie et dont j’étais injustement privée malgré mon dur labeur, que dès que j’avais un peu d’argent je le dépensais en livres ou en fringues, parce que j’avais le droit de me faire plaisir.
A l’époque je n’ai rien dit à mes parents. Je ne voulais pas qu’ils s’inquiètent, et je ne voulais pas avoir l’air d’être incapable de gérer mon budget en adulte. Alors j’étais toute seule avec mon découvert.
Aujourd’hui ça va nettement mieux. Ca a été dur de reprendre les choses en main. Après que j’ai quitté, en 2004, ce fameux premier job payé une misère, j’ai commencé à gagner mieux ma vie et les choses se sont peu à peu arrangées. Je n’étais plus aussi frustrée, j’arrivais à contrôler les dépenses impulsives et à assurer l’essentiel sans souci. Mais surtout je me suis sérieusmeent mise à budgéter, et à compter chaque centime!
Aujourd’hui on peut même dire que ça va carrément bien (avoir une voiture de fonction allège sérieusement le budget) mais surtout je sais en permanence de combien je dispose, et je ne fais plus de dépense sans l’avoir planifiée, sans avoir au préalable vérifié que je peux me le permettre. Si je fais du shopping, je pars avec un montant cash, pas avec des cartes de crédit, ainsi je contrôle la situation.
Je suis loin d’être la seule, le net regorge de blogs consacrés au surendettement et aux problèmes de finances personnelles. Si cela peut aider quelqu’un de lire ceci, je suis contente de l’avoir écrit, et je voudrais aussi partager quelques conseils tirés de mon expérience:
- On est tous tentés par les cartes de crédit et les prêts à la consommation. Il ne faut pas céder. C’est une arnaque monstrueuse, avec des taux d’intérêts énormes de 14% ou plus, c’est ce qui vous mènera à votre perte. Si vous avez des cartes de crédit, découpez-les en morceaux, aujourd’hui. Pas question de les garder “au cas où”, il faut vous en débarrasser maintenant et apprendre à vivre sans elles, car elles représentent de l’argent que vous ne possédez pas et que vous payez très cher.
- Regroupez vos cartes et emprunts sous un seul emprunt avec un taux plus faible. J’avais regroupé tous mes crédits sous un financement à 7,5%, et bien sûr pas de possibilité de réutiliser l’argent remboursé !
- Pendant au moins 3 mois, notez dans un calepin TOUT ce que vous dépensez. Même le journal, absolument tout. Vous verrez ainsi où va votre argent. Ca m’a permit de constater que je dépensais parfois 100€ en un mois en cosmétiques “pas chers” (un vernis par ci, un crayon par là) et dont souvent je n’avais pas besoin. Maintenant je réfléchis à deux fois avant d’acheter.
- J’ai aussi constaté que le fait de commander des sandwiches au travail me coûtait plus de 100€ par mois! J’ai arrêté net: en préparant son lunch à la maison on peut s’en tirer pour 5 à 10€ par semaine.
- Il vous faut un budget. Utilisez l’outil qui vous convient: Money ou un autre logiciel, Excel (comme moi) ou même un papier et un crayon. Listez toutes les dépenses mensuelles. Vous saurez ce qui vous reste quand les factures sont payées. Décidez comment vous allez dépenser cet argent; par exemple si ce mois-ci vous dépensez 50€ chez le coiffeur, vous ne les avez plus pour le shopping. Vérifiez tout.
- Tout ce qui est payé moins régulièrement (tous les 3, 6 ou 12 mois) m’arrivait toujours comme une mauvaise surprise! J’ai listé toutes ces dépenses, divisé le total par 12, et je verse chaque mois ce montant sur un compte épargne spécialement ouvert. Quand les factures arrivent, l’argent est là qui m’attend.
- Je verse aussi chaque mois sur ce compte 50€ pour les frais médicaux. Quand j’ai besoin de voir le médecin ou le dentiste, ou que je renouvelle ma pilule qui coûte un rein, ça n’affecte donc pas le reste du budget.
- Pensez à l’avance aux anniversaires et autres joyeusetés de ce genre. Au début du mois je regarde combien de cadeaux j’ai à faire, et je leur alloue un montant que je déduis directement de mon “argent de poche”. Il n’est plus disponible pour autre chose.
- Epargnez. Même si c’est 20€ par mois. Ne vous dites surtout pas que si le montant est petit ça ne vaut pas la peine, et hop vous dépensez cet argent. N’importe quel montant est mieux que rien.
- Si vous en avez la possibilité, faites de petits boulots en plus de temps en temps, pour payer vos dettes plus rapidement.
- Si, comme cela arrive parfois, la somme de vos dépenses “indispensables” (maison, voiture, nourriture, médecin…) est supérieure à vos revenus, vous avez un problème qui risque de vous entraîner vers le fond. Réagissez. Ou bien vous devez gagner plus (augmentation, changement de job, petit boulot à côté..) ou bien vous devez dépenser moins. Je sais qu’on a envie de pleurer parce que c’est trop injuste, je suis passée par là. Mais il n’y a pas d’autre solution, je vous promets.
- Enfin, un conseil qu’on ma donné, et qui n’est pas toujours évident à suivre: n’empruntez pas pour quelque chose qui perd de la valeur. Une maison: oui. Une nouvelle télé, un frigo américain, un ordinateur, et même une voiture: non. Jamais vous ne pourrez les revendre au prix où vous les avez acquis. Donc il faut les payer cash. Personnellement je n’y suis jamais arrivée pour la voiture, mais j’en fais une règle pour le reste, et ça m’oblige à être généreuse avec mon carnet d’épargne.
Voilà, j’en termine avec ce post pas vraiment drôle mais salutaire. N’hésitez pas à me dire ce que ça vous inspire.